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Russie (1) : Une semaine en Sibérie

De Ulaanbaator à Irkutsk

Après un nouveau passage éclair à Ulaanbaator, nous montons dans le train le 7 Août au soir, direction la Russie !

Nous trouvons notre cabine en seconde classe (très confortable) et faisons immédiatement la connaissance de Victor et Lluna, deux espagnols qui seront nos compagnons de voyage jusqu’à Irkutsk (notre premier arrêt en Russie).

Nous nous entendons très bien avec eux et passons une excellente soirée en leur compagnie. Le lendemain matin, nous sommes réveillés à 7 heures par l’hôtesse pour le passage de frontière. C’est une étape qui n’est pas vraiment difficile, mais qui est extrêmement longue puisque le train est bloqué pendant près de 5 heures, avec interdiction de sortir du wagon et d’aller aux toilettes jusqu’à ce que tout le train soit vérifié par les agents de l’immigration. Premier arrêt en Mongolie, puis c’est au tour du passage en Russie. On sent que c’est beaucoup plus organisé : tous les agents passent deux par deux dans chaque wagon, chaque duo ayant une tâche bien définie : vérifier les passeports, tamponner les passeports, vérifier l’intérieur du wagon, vérifier les bagages, vérifier les couloirs, etc. Une sacrée efficacité ! Avec Victor et Lluna, nous ne voyons pas le temps passer et une fois que tout est bon du côté des agents, nous  pouvons sortir (le train ne partira que dans 2h) et découvrir la première gare de notre périple dans le transsibérien.

Après une journée à admirer les paysages et une deuxième nuit dans le train (sur le territoire Russe cette fois), nous arrivons à la ville la plus importante de Sibérie, Irkutsk.

Irkutsk

Nous logeons dans une auberge très sympa dans le centre, qui vient de changer de propriétaire et d’être complètement rénovée. Nous sommes d’ailleurs les tout premiers clients. Pour fêter ça, les nouveaux gérants nous offrent un « surclassement » et nous mettent dans leur plus belle chambre 🙂

En début d’après-midi, nous retrouvons Victor et Lluna pour visiter la ville.

Nous allons visiter la cathédrale de l’Épiphanie et découvrons pour la première fois l’intérieur des églises orthodoxes, peintes du sol au plafond. En sortant, nous admirons l’immense sculpture de Yakov Pokhabov, un des fondateurs de la ville (la statue est située à l’emplacement du premier fortin, construit en 1661).

Puis nous continuons la balade le long des maisons en bois plus ou moins vieilles (et plus ou moins entretenus) qui font le charme de la ville. Ces maisons ornées de sculptures et fioritures décoratives valurent à la ville le surnom de “Paris de la Sibérie” à la fin du 19ième siècle.

    

Nous visitons ensuite la maison-musée de Sergei Volkonsky. En 1825, des aristocrates se soulevèrent contre le tsar Nicholas 1er. Après l’échec de cette révolte, les participants – appelés les “décembristes” – furent exilés en Sibérie. Le prince Volkonsky fut l’un d’entre eux, condamné à 20 ans de travaux forcés dans les mines de Sibérie (cette peine fut ensuite réduite à 15, puis 10 ans). Sa femme, Maria Volkonskaya, ainsi que 10 autres femmes de décembristes, firent une demande au tsar pour rejoindre leurs maris. Elles obtinrent gain de cause sous de lourdes conditions :  considérées comme femmes de criminels d’état, elles doivent laisser leurs enfants à leurs familles, sont interdites de retourner en Russie de l’ouest (même après le décès de leurs maris), leurs futurs enfants naîtront serfs et non nobles, elles ne pourront plus détenir d’objets de valeurs ni avoir de domestiques, etc…
Maria soutint Sergei, ainsi que les autres décembristes lors de ces 10 années de travaux forcés, en leur faisant passer de la nourriture ainsi que des lettres de leurs familles. Une fois leurs peines purgées, les décembristes essayèrent de récupérer une partie de leurs biens et de construire des maisons dignes de leur rang. La maison des Volkonsky, construite en 1839, était située dans un village à l’extérieur de la ville et fut déplacée à Irkutsk en 1846. Maria et Sergei firent de leur maison le centre principal de la vie culturelle et artistique de la ville. Des bals, des soirées théâtrales, musicales et littéraires y étaient données régulièrement. En 1856, après 30 années d’exil, Sergei Volkonsky obtient le pardon du tsar Alexandre II et retourne, avec sa femme, vivre à Saint Pétersbourg.

Rénovée dans les années 1980, la maison est aujourd’hui un musée rempli d’objets et d’effets personnels de divers Décembristes, dont le fameux piano pyramidal de Maria. Dans chaque pièce, on trouve une fiche explicative sur le rôle de celle-ci dans la maison, les objets qui y sont présents ainsi que des détails sur l’histoire des Décembristes. Ces fiches sont disponibles dans plusieurs langues, dont le Français (la traduction est d’ailleurs d’excellente qualité, bien meilleure que celle en Anglais).

Après un petit tour de tram, nous arrivons au quartier touristique situé proche de la rivière Angara. Nous nous baladons un peu dans ce quartier piéton puis nous réfugions dans un bar/restaurant pour éviter la pluie où nous passons le reste de la soirée tous ensemble.

Le lendemain, nous passons la journée à préparer notre séjour au lac Baïkal. Nous allons à “Trial Sport” acheter une tente à bas prix ainsi qu’un réchaud. Contents de nos trouvailles, nous allons ensuite faire les courses pour la semaine : principalement des pâtes, des soupes en sachets et quelques conserves 🙂

Le lac Baïkal et l’île d’Olkhon

Le lendemain, nous partons en bus vers le lac Baïkal, que nous avons hâte de découvrir !
Ce lac est le 6ième plus grand lac au monde en terme de superficie (il fait 636 km de long pour une largeur variant de 24 à 79 km), mais étant le plus profond au monde (jusqu’à 1642m), il représente la plus grande réserve d’eau douce sur la surface de la Terre. En terme de comparaison, il y a autant d’eau dans le lac Baïkal que d’eau dans la mer Baltique, et autant d’eau que dans les 5 grands lacs Nord Américains réunis (lac Supérieur, lac Michigan, lac Huron, lac Erié et lac Ontario). Le lac possède une grande île de 730 km², l’île d’Olkhon, sur laquelle nous prévoyons de passer une semaine.

Pour de futurs voyageurs (au budget serré) : les auberges d’Irkutsk proposent un minibus qui récupère les passagers directement à leur auberge avant de partir pour l’île d’Olkhon au prix de 1000 roubles/personne. Sachez que vous pouvez aussi acheter votre billet directement à la station de bus d’Irkutsk pour un peu moins cher : 527 roubles/personne, auquel il faut ajouter 120 roubles/bagage (à payer directement au conducteur). Dans ce dernier cas, le bus part de la station centrale. En été, n’hésitez pas à réserver aussi votre retour, les mini-bus se remplissent vite. Vous pouvez réserver les tickets via ce site internet https://avtovokzal-on-line.ru/ qui vous permet de choisir vos places, vous donne un numéro de confirmation et 2h pour aller payer vos billets à la station de bus.
Dans le menu déroulant :
Irkutsk = ИРКУТСК (автовокзал)
Khuzhir = ХУЖИР (автокасса) OLKHON

Il faut environ 6h pour arriver à Khuzhir, en comptant la pause déjeuner ainsi que le ferry pour arriver sur l’île d’Olkhon. Une fois sur l’île, les routes ne sont plus pavées mais la piste est plutôt bonne.

Khuzhir est la ville la plus importante de l’île d’Olkhon et le point de passage obligé pour tous les touristes. Elle est principalement remplie d’auberges, hôtels, restaurants, cafés, etc. et manque donc un peu de charme. Elle est cependant très vivante et située à quelques minutes à pied de la plage.

Nous avons prévu de faire du camping sauvage et de marcher jusqu’au cap le plus au nord de l’île d’Olkhon. Comme il n’y a quasiment aucun magasin pour se ravitailler en dehors de Khuzhir, nous complétons nos courses de la veille et partons en direction de la plage pour trouver un endroit où dormir.

Nous savions que le camping sauvage était autorisé mais nous ne nous attendions pas à ce qu’il soit aussi populaire. Partout sur l’île, le moindre bout de plage est garni de tentes. Il semblerait que l’île d’Olkhon en été soit un peu la “côte d’Azur” Russe et que le camping soit un type de vacances privilégié.

Au vu de tous ces magnifiques paysages et couchers de soleil, on comprend pourquoi !

Les Russes viennent s’installer en famille pour une semaine sur un bout de plage, sortent le drapeau, la musique, le barbeuq’ et s’installant des toilettes de fortune dans les bois en peu en retrait. Ça sonne pas mal, mais beaucoup de gens le font, et certains jettent leurs ordures un peu partout… Ce qui fait qu’il y a quelques endroits gâchés par ce camping de masse. Heureusement, pas partout !

Cela ne nous a pas empêché de trouver des coins isolés magnifiques dès que nous avons commencé à nous éloigner de Khuzhir.

Le lac Baïkal ne faillit pas à sa réputation : il est beau. Vraiment beau.

L’île d’Olkhon est quant à elle tellement large qu’elle offre une diversité de paysages impressionnante. On passe des falaises aux plages, des steppes à la taïga (forêt boréale), avec quelques petites montagnes et un peu de désert.

Il nous faut deux jours complets de marche pour arriver jusqu’au cap Khoboy, le cap le plus au nord de l’île. La marche n’est pas si difficile que cela en elle même, mais elle est rendue beaucoup plus compliquée par le fait que nous portons notre matériel de camping ainsi que toute la nourriture nécessaire à nos 6 jours en autonomie et qu’il fait très chaud pendant la journée.
Heureusement, nous sommes entourés d’une source d’eau intarissable et n’avons donc à porter notre eau que pour la journée. Tous les soirs, nous prenons l’eau du lac que nous filtrons (uniquement par principe car celle-ci est limpide et beaucoup de touristes la boivent telle quelle).

La fin de ces deux jours de marche est un peu gâchée par le flux constant de minivans remplis de touristes sur les pistes en terre (nous avalons la poussière à chaque passage de minivan) et le fait que Clément a des ampoules terribles aux pieds, qui l’empêchent quasiment de marcher.

Nous arrivons au bout de l’île, nous rendons compte que nous n’avons presque plus d’eau et que comme nous sommes au cap, ce sont des falaises qui se jettent dans le lac et qu’il n’y a donc pas d’accès à l’eau… Tracy essaie tant bien que mal par tous les moyens de descendre au niveau du lac, mais sans succès.

Alors que nous finissons notre repas, un minivan s’arrête non loin de notre tente. Le chauffeur est un local qui a la gentillesse de nous indiquer un chemin un peu plus loin pour aller à une plage de galets. Armée de sa lampe frontale et de notre fidèle filtre à eau, Tracy part en mission à la tombée de la nuit et revient avec 3 litres d’eau. On peut se coucher sereins, on ne mourra pas de soif 🙂

Le lendemain matin, nous sommes debouts à 7h pour aller profiter du cap Khoboy sans un seul autre touriste. La vue est magnifique et on se sent au bout du monde.

Inscrit par l’Unesco en 1996 au patrimoine mondial pour sa richesse écologique, le lac Baïkal possède l’une des faunes d’eau douce les plus riches et les plus originales de la planète, d’une valeur exceptionnelle pour la science de l’évolution. On y recense 1 550 espèces animales et plus de 600 espèces végétales. Le lac accueille aussi la seule espèce de phoque vivant exclusivement en eau douce : le phoque du lac Baïkal ou nerpa, le superprédateur de l’écosystème du lac. Le cap Khoboy est réputé pour être l’un des rares endroits où il est possible de les observer. Malheureusement pour nous, il semblerait qu’ils ne soient pas très matinaux puisqu’ils n’ont pas pointé le bout de leurs moustaches !

Comme les ampoules de Clément le font toujours beaucoup souffrir, nous décidons de ne pas marcher ce jour-là et de faire du stop pour nous avancer. La première voiture qui passe dans notre sens s’arrête. Il s’agit d’un jeune couple Russe en vacances qui a loué les services d’un chauffeur pour la journée. Ils nous proposent de les accompagner dans leur visite jusqu’à un petit village appelé Uzury, sur la côte Est de l’île. Nous acceptons avec joie et découvrons ce petit havre de paix.

Le village étant situé dans une baie naturelle, nous profitons de la plage de galets pour se baigner tous ensemble dans cette eau translucide.

Ils nous invitent même à partager leur pique-nique, à l’occasion duquel nous en apprenons plus sur nos deux bienfaiteurs venus de Moscou

On les quitte sur la route de Khuzhir, au niveau d’un spot de camping que nous avions repéré à l’aller et installons tranquillement notre campement. Ce soir là, alors que nous sommes en train de bouquiner, nous sommes surpris par le hennissement de plusieurs chevaux. Nous nous approchons et tombons sur une horde de chevaux en semi-liberté, venus boire l’eau du lac une fois les cars de touristes partis. Nous ne faisons pas de bruit pour ne pas les effrayer et les observons avec plaisir.

Bon nombre d’animaux évoluent en semi-liberté sur l’île. Un matin, nous avons été réveillés par un troupeau de vaches venues s’abreuver au lac et par la même occasion renifler les tentes.

Nous prenons les 3 jours suivants pour rejoindre Khuzhir. Nous marchons tranquillement pour permettre aux pieds de Clément de se remettre de leurs émotions. C’est l’occasion de bien profiter des paysages et de trouver des petits coins sympas pour faire notre tambouille.

On en profite également pour se baigner régulièrement, l’eau n’est pas si froide à cette période de l’année (entre 14 et 18˚). Cela va changer d’ici quelques mois, car il faut savoir que lac n’est navigable que de juin à septembre. Le reste de l’année, il est couvert de glace dont l’épaisseur, vers la fin de l’hiver, peut atteindre 1 m, voire 1,5 à 2 m à certains endroits, permettant la circulation des hommes et des véhicules. Une chose est sûre, il faudra que nous revenions pour marcher sur cette eau !

Pour “fêter notre retour à Khuzhir”, nous goûtons au fameux “Omoul”, le poisson du lac Baïkal qui est la principale ressource alimentaire des riverains. Le Omoul peut se consommer cuit, frit, en soupe, fumé, cru et salé, en raskolotka (congelé afin d’être râpé ou concassé en morceaux puis mangé cru ou épicé). Bref, on le mange comme on en a envie ! Nous le goûtons fumé et c’est un délice. Nos papilles s’en souviennent encore !

Nous passons la nuit proche du cap Burkhan (aussi connu sous le nom de “Shaman’s rock”) que nous visitons le lendemain matin. C’est l’un des endroits les plus mythiques du lac Baïkal et un endroit sacré pour les locaux. Pour ceux qui pratiquent le chamanisme (une bonne partie de la population locale), Burkhan, l’une des divinités chamaniques, vit dans la grotte à l’intérieur de ce rocher.

Non loin de là, des immenses poteaux chamaniques se dressent face à l’immensité du lac. Il est dans la tradition locale de faire des offrandes aux pieds de ces poteaux: argent, sucreries, cigarettes (non fumées et cassées en deux), … on trouve de tout !

L’île est considérée comme l’un des 5 pôles d’énergie chamanique dans le monde. Tous les ans, début août, une réunion internationale de chamanisme a lieu. Olkhon est donc très populaire, tant auprès des bouriates (la population originelle de l’île d’Olkhon) qu’auprès de jeunes de toutes nationalités, venus se rassembler et faire des rituels à divers endroits de l’île.

C’est avec regret qu’arrive l’heure de quitter cet endroit paradisiaque. Après une heure de minibus, nous attendons le ferry. Il y a beaucoup de monde et nous devons laisser passer quelques ferries avant d’avoir une place, ce qui nous laisse le temps de manger un bout et de faire des photos de mouettes 🙂

Sur le ferry du retour, nous faisons la connaissance de Pauline, une jeune Russe qui veut perfectionner son français, langue qu’elle apprend seule depuis 3 ans et qu’elle parle très bien. Elle rentre chez elle à Krasnoyarsk après ses vacances sur l’île. Krasnoyarsk étant notre prochaine destination (nous prenons le train 24h après Pauline) elle nous propose tout de suite de venir chez elle ! Nous sommes ravis et échangeons nos numéros de téléphone. Notre bus n’allant pas nous attendre, nous nous dépêchons de nous dire “à bientôt” et nous souhaitons mutuellement un bon trajet en transsibérien.

Village vu du transsibérien

 

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