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Myanmar (1/2)

Nous venons de passer 21 jours au Myanmar (Birmanie). C’est un pays qui ne s’est réellement ouvert au tourisme que relativement récemment. En effet, dirigé durant 49 ans par une junte militaire toute puissante, le pays a longtemps été fermé. Le boycott touristique lancé par le parti d’opposition (mené par Aung San Suu Kyi) fut levé au début des années 2010, les frontières terrestres avec la Thaïlande furent ouvertes à toutes les nationalités en 2013, et la demande d’e-visa en ligne fut démarré en 2014. En conséquence, le nombre de visiteurs annuel grandit de manière exponentielle. Le pays change à une vitesse incroyable et les informations datant d’il y a 1 ou 2 ans ne sont déjà plus valables.

Yangon

Malgré une arrivée tardive à Yangon, tout s’est déroulé facilement : immigration passée rapidement avec notre e-visa obtenu sur internet 1 mois auparavant, distributeur directement à l’aéroport pour retirer des kyats, achat d’une carte sim birmane avec un forfait internet pour seulement 5 euros (internet disponible dans les villes) et taxi partagé avec 2 autres voyageurs qui nous dépose pas loin de notre auberge. Fatigués, on s’écroule dans notre chambre poussiéreuse et grouillante de moustiques. Le lendemain, on visite le centre de la ville et ses pagodes dorées.

 

Pagode Botataung : Pour la première fois (et pas la dernière) de notre séjour, on est confronté à la « taxe pour les étrangers » ainsi qu’à des employés qui scannent notre passeport et nous prennent en photo avant que l’on puisse accéder au site. Cette pagode est principalement connue pour l’intérieur doré de sa stupa principale, que l’on peut visiter pour y observer diverses reliques dont un « cheveu sacré de Bouddha ». Durant notre visite, plusieurs groupes de Birmans ont voulu se prendre en photo avec nous (mais attention pas de photo de groupe, nous avons posé avec chacun d’entre eux individuellement).

 

Pagode Shwedagon : Le monument le plus visité de la ville, c’est également la pagode bouddhiste la plus sacrée de tout le Myanmar. Cette pagode gigantesque est entièrement recouverte de feuilles d’or (un processus renouvelé tous les 5 ans pour qu’elle puisse conserver cette apparence). Elle est tellement large et haute qu’il est difficile de la prendre en photo en entière sans objectif grand angle.

 

Bogyoke Aung San market : Le marché touristique principal de Yangon. On y trouve un peu de tout : vêtements locaux, bijoux (la spécialité du pays est la jade), sculptures, peintures, marionnettes, objets en laque, etc… L’atmosphère y est agréable, surtout le matin lorsque le marché est presque vide. Bien que nous ne soyons pas dupes sur le fait que tous les produits soient « fait main » (tous les stands vendent les mêmes), ou sur le bracelet en « vraie » jade à 1$, nous avons aimé ce marché qui ne ressemble en rien à ce que nous avons pu voir auparavant.

La conduite à la birmane : Colonie britannique jusqu’en 1948, les birmans ont roulé à gauche jusqu’en 1970. Aujourd’hui, ils possèdent soit de veilles voitures qui ont encore le volant à droite, soit des voitures d’occasion importées du Japon. Donc presque tous les volants sont à droite pour une conduite à droite. Mais pas de problème, car il y a le klaxon 🙂
Nous avons mis un moment, mais on pense qu’on a fini par comprendre : un coup de klaxon quand on dépasse quelqu’un à droite, un coup quand on dépasse à gauche, trois coups quand on s’approche d’une intersection, un coup avant un virage, un coup si on croise un piéton et 3 coups si ça fait plus de 1min20 qu’on n’a pas klaxonné. Tous ces klaxons ajoute une pollution sonore qui rend les villes birmanes très étouffantes.

 

Kalaw

Nous sommes donc heureux de sortir de la ville et de prendre le bus de nuit de Yangon à Kalaw. Deux choix s’offrent à nous : bus classique qui arrive à 3h du matin ou le bus V.I.P qui arrive à 5h. Nous optons pour l’option un peu plus onéreuse pour gagner en confort et en temps de sommeil. Le confort est effectivement au rendez-vous : on se sent comme deux V.I.P dans ce bus de luxe (on nous sert même du café dans de vraies tasses au début du voyage).

Arrivés à 5h et pris de court par le froid (heureusement que l’on traîne nos doudounes partout avec nous), nous allons à l’hôtel voir s’il est possible de poser nos sacs. À notre plus grande surprise, un vieux monsieur avec peu de dents mais très souriant nous accueille en disant « early check-in » ? Il nous fait signe de le suivre dans l’hôtel adjacent où il nous donne une chambre basique (un matelas par terre), et nous faisant comprendre que l’on pourrait changer d’hôtel lorsque notre chambre serait libre vers midi (ou « rest, sleep » comme il nous disait si bien en mimant).Et ce service s’est avéré gratuit ! Le gérant était tellement gentil qu’il a eu du mal à accepter qu’on arrondisse le prix de la chambre.

Le but de notre journée est de réserver un trek de 3 jours. La majorité du flux touristique faisant le trek allant de Kalaw jusqu’au au lac Inlé, nous choisissons de rester autour de Kalaw, en demandant à d’aller dans des villages moins touristiques.

Le lendemain, nous partons avec notre guide, Wim. Les paysages sont sympa, tout comme Wim mais le planning nous paraît étrange (déjeuné à 10h20 du matin alors que le petit dej avait terminé à 8h30). Nous finissons par réaliser qu’il y a eu une legère incompréhension : il pensait que nous ne voulions pas voir d’autres touristes. Nous faisions donc le même trajet, mais avec des horaires décalés. Nous sommes gênés par le fait qu’il ne semble pas comprendre non plus que nous voudrions interagir avec les gens. Ne cherchant pas à faire l’interprète, il nous met toujours à l’écart dans un coin de la pièce pendant qu’il discute avec les locaux et au bout d’un moment nous dit «allez-y, prenez-les en photo» alors que nous ne nous sentons pas vraiment les bienvenus.

 

La première journée de marche s’arrête à 15h au niveau d’un beau point de vue. Il semblerait que la seule chose prévu pour nous soit d’attendre jusqu’à 19h le repas (nous avions payé pour un cuisinier qui n’a jamais pointé le bout de son nez, c’est Wim qui a fait tous les repas). Nous mangeons seuls, avant nos hôtes et notre guide (on ne s’inquiète pas car on a lu dans notre guide papier que c’était traditionnel). Après le repas, nous insistons pour rester avec nos hôtes au coin du feu pour entamer une conversation, mais malheureusement, à part le père de famille qui a un peu forcé sur la bouteille, nous ne rencontrons que peu de succès. Nous nous posons juste des questions le lendemain lorsque l’on comprend que nos hôtes pouvaient en fait tous parler anglais et qu’ils n’ont visiblement pas désiré discuter avec nous.

 

On ne se laisse pas démonter pour autant, et on discute avec Wim pour essayer de voir comment on pourrait améliorer tout ça. Il nous propose de raccourcir la deuxième journée en dormant dans son village natal (quitte à avoir une plus longue journée le lendemain) et nous annonce qu’un festival Bouddhiste commence ce soir là.

 

Arrivés dans son village assez tôt, il nous présente à sa famille puis nous montre toutes les préparations pour le festival, notamment les galettes de riz gluant qui ne sont préparées ici qu’une seule fois par an à cette occasion (riz cuit à la vapeur, puis pilé jusqu’à former une pâte élastique étalée sous forme de galette sur des feuilles de bananier, coupée ensuite en petits morceaux que l’on mange en trempant dans du sucre de canne liquide).

 

Pendant que Wim cuisinait, nous nous baladons et tombons par hasard sur une partie de Chinlone endiablée : une sorte de footi-volley acrobatique très impressionnant, le sport national du Myamar. Jugez par vous-même avec la vidéo 🙂

Chinlone

Nous avions déjà des doutes sur le côté Birman de la nourriture, mais ce soir là on a eu des frites pendant le repas, et des bananes flambées en dessert. On lui demande alors si ce sont des plats que les Birmans mangent souvent, et ils nous répond tout sourire que non, absolument pas, « just for tourists ». En poussant un peu, il finit même par nous dire que la plupart des gens de son village n’ont jamais vu de tels plats. Désireux de goûter à une nourriture plus traditionnelle, on lui demande si cela est possible, et il nous répond que cela ne servirait à rien puisque nous n’aimerions pas.

On insiste ensuite pour aller à la cérémonie d’ouverture du festival avec lui, et une fois encore, incompréhension : « Mais ça ne va pas vous intéresser ! » On lui explique que si c’est intéressant pour lui, ça l’est aussi pour nous, et que nous avons vraiment envie de partager ce moment avec lui. Ça a eu l’air de le rendre heureux que l’on insiste autant et nous partons tous les trois vers la pagode perchée au sommet de la colline avoisinante.

Cette soirée à été à l’inverse totale du début du trek, elle nous a apporté tout ce que nous désirions : du contact avec la population locale, des échanges, des rires, et surtout de l’authenticité. Les Birmans étaient heureux de nous faire découvrir cette partie de leur culture, et nous invitaient avec joie à participer à la procession des bougies et aux danses traditionnelles.

Wim nous explique qu’à 22h, les hommes commenceront à cuisiner sur place et ce durant toute la nuit pour nourrir tous ceux qui viendrait le lendemain, lors du festival à proprement dit (environ 1000 personnes).

 

En revenant, on lui demande si on peut rester le lendemain au festival et retourner à Kalaw sans visiter d’autres villages. Ce n’est pas un problème de son côté car si nous prenons la route direct, nous sommes à seulement 3h de marche de Kalaw.

Malheureusement pour Clément, une intoxication alimentaire le force à écourter le trek : il doit rentrer en moto-taxi. Tracy quant à elle, reste quelques heures de plus. Durant le festival, les birmans sont plus accueillant que jamais : il est impératif de s’asseoir avec tout le monde pour prendre le thé et de goûter à tous les plats (au moins 6 fois). Au passage, on passe chez le forgeron puis chez le maître tatoueur (techniques très traditionnelles)/médecin du village. Une expérience qui nous a fait chaud au cœur et que l’on oubliera pas de si-tôt.

 

Lac Inlé

Situé à côte de la petite ville de Nyaung Shwe, le lac Inlé est un point de visite majeur pour tout premier visiteur au Myanmar. Un tour en bateau est donc de rigueur afin de pouvoir passer dans les villages flottants et admirer les pêcheurs locaux qui ont développé une technique très particulière. C’est quelque chose que les opérateurs de bateau ont bien compris, puisque la visite du lac en barque motorisée a tout d’une machine bien huilée. Chaque opérateur a un partenariat avec certains commerçants du lac, de sorte que les touristes ne se croisent pas vraiment mais que tous passent par au moins un orfèvre, un atelier de tissage, un fabricant de cigare, etc etc. A chaque fois, on voit les gens travailler d’arrache-pied pendant 10 minutes avant d’être orientés vers la partie magasin où tout est à un prix exorbitant. Cela nous a un peu donné l’impression de visiter un zoo humain, notamment l’atelier de tissage où des femmes Karen au long cou travaillaient (elles ne sont absolument pas originaires du lac Inlé, et ont visiblement été posées là pour que les touristes les prennent en photo). Mis à part ce côté « visites forcées », le lac est vraiment beau et les villages flottants très intéressants à voir.

 

Pour finir le tour en beauté, le chauffeur de notre bateau s’arrête à proximité d’un figurant habillé en costume de pêcheur traditionnel qui pose juste en face du coucher du soleil, histoire qu’on ait tous la photo parfaite. Beaucoup de gens trouvent ça dommage et y voient un manque d’authenticité (ce qui n’est pas faux), mais il faut aussi le voir comme un service rendu en l’échange de quelques Kyats et qui permet de rentrer à la maison avec une très jolie photo. Au final, une journée sympa, mais un endroit qui a déjà perdu une partie de son âme grâce à l’afflux constant de touristes.

4 reflexions sur “Myanmar (1/2)

    1. clementandtracy Auteur de l'article

      Merci! On a passé tellement de temps à l’écrire que cela nous fait très plaisir d’avoir de bons retours 🙂

  1. Hugues

    D’accord avec Mariette, beau récit qui donne « envie ». Bonne continuation en faisant attention en mangeant local.

  2. Charbonnier Guy et Jacqueline

    Nous avons apprécié vos commentaires et surtout vos photos. Nous partons demain pour 28 jours en Birmanie.

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