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Chine (4) : De l’histoire et du lait de Yak

Une fois la frontière Hong Kong/Shenzhen passée sans aucun soucis, nous n’avons pas traîné et sommes partis 1500km plus au Nord, pour visiter Xi’An, une ville à l’histoire passionnante.

Xi’An

Qin Shi Huang (259 av. J.-C – 210 av. J.-C) est devenu roi de l’état de Qin à 13 ans et premier empereur de Chine à 38 ans après avoir conquis les autres royaumes indépendants. La Chine est donc unifiée pour la première fois en 221 av. J.-C et la région de Xi’An est choisie pour capitale. Bien qu’obsédé par son désir d’immortalité, Qin Shi Huang ordonne la construction de sa tombe dès son ascension au trône (au cas où les pilules de mercure sensées prolonger sa vie n’aient pas l’effet escompté…). Plus de 700 000 hommes auraient travaillé sur ce projet, terminé juste à temps.

Lors de la construction d’un puits, 2200ans plus tard (en 1974) des fermiers font une découverte archéologiques majeure : des soldats de terre cuite. D’après des estimations faites en 2007, il y aurait 8000 soldats, 130 chars tirés par 520 chevaux et 150 cavaliers accompagnés de leur monture, le tout construit pour protéger l’empereur dans l’au-delà. La majorité est encore ensevelie, les archéologues auraient retrouvé des parties de 2000 soldats, et reconstitué entre 500 et 1000 d’entre eux (impossible de trouver des chiffres précis, on en a compté un peu plus de 500 sur nos photos ^_^).

Toutes les statues sont uniques : coiffures, visages, vêtements, tailles, corpulences, etc. Les visages auraient été réalisés à partir de moules différents (au moins 10) puis ajustés avec de l’argile pour leur donner leur individualité. Les sculptures sont d’une précision incroyable (jusqu’au modelage des coutures des chaussures).

La visite du musée de la Terracotta Army (aussi connu sous le nom de l’armée des 8000) :

Le musée se situe à 1h de bus de la gare de Xi’An. Il est possible de prendre un audio-guide à l’entrée (avant l’achat des tickets) qui malheureusement est très difficile à comprendre en version anglaise (l’accent et la construction des phrases n’aidant pas) et qui plus est, n’est pas passionnant. Il y a des panneaux écrits en chinois et en anglais qui offrent plus ou moins autant d’informations que l’audioguide.

Une fois entrés, vous avez la possibilité de visiter 4 zones couvertes : les 3 fosses d’excavations et la salle d’exposition. La fosse numéro 3, la plus petite d’entre elles, montre une trentaine de soldats sans têtes et 4 chevaux. Il n’y a pas grand-chose de plus à voir dans cette fosse qui se visite assez rapidement.

La fosse numéro 2, plus grande, semble être là principalement pour montrer le processus des fouilles archéologiques. L’essentiel est encore enseveli, avec quelques zones mises à jour où l’on peut voir les fragments de soldats entassés tel un puzzle géant.

    

Enfin, la fosse numéro 1 est de loin la plus grande et la plus intéressante à visiter.

Des rangées entières de soldats y ont été reconstituées, pour un visuel impressionnant.

Malheureusement, ces soldats sont assez loin et il est difficile de bien voir les détails (apportez des jumelles ou un bon zoom). Quelques soldats ont été mis sous vitrine (au niveau de la fosse 2) et malgré la foule, on a quand même réussi à en profiter !

Dans l’ensemble, nous avons été un peu déçus de cette visite. C’est une des rares merveilles que nous avons visité qui rend mieux en photos qu’en vrai. Nos attentes étaient certainement bien trop hautes (visiter l’armée des 8000 était dans notre top 3 des choses à visiter en Chine avec Zhangjiajie et la Grande muraille). Par ailleurs, nous ne savions pas que la majorité de l’armée n’avait pas encore été excavée et cela nous a donc surpris de voir si « peu » de soldats (même si le travail de restauration réalisé est magnifique, et qu’il est déjà incroyable que les archéologues aient réussi à rassembler plusieurs centaines de soldats). Enfin, comme souvent : le monde gâche un peu la visite (nous n’avons par exemple pas pu accéder à la salle d’exposition qui contient 2 chars en bronze réalisés à l’échelle 1/2).

Nous sommes tout de même ravis d’y avoir été. On ne conseillerait peut-être pas à quelqu’un de se rendre en Chine uniquement pour cette visite, mais il serait vraiment dommage de ne pas y aller lors d’une visite de la région.

Le mausolée de Qin Shi Huang :
L’armée en terre cuite, située à 1.5km de la tombe de l’empereur, n’est que la partie émergée de l’iceberg. Personne n’a encore pénétré le mausolée. Le gouvernement chinois attend d’avoir la technologie nécessaire pour réaliser une excavation avec le moins de perte d’information possible. Lors des premières fouilles en 1974, les restes de peintures des soldats ont été immédiatement perdus au contact de l’air (la laque se courbait en 15 secondes puis toute la peinture tombait en l’espace de quelques minutes). Aujourd’hui, des techniques sont à la dispositions des archéologues pour conserver la peinture originelle.

La tombe se situe dans le mont Li, une pyramide artificielle de 76m de haut, recouverte de végétation. En dessous, une ville a été reproduite sur le modèle de la capitale de l’époque avec une cité intérieure (de circonférence 2.5km) et une cité extérieur (6.3km). Le palais se situe au centre du mont, avec la chambre où se situe la tombe qui fait à elle seule 80 x 50 m, soit environ la taille d’un terrain de foot !

Un historien de l’époque (Sima Qian) a écrit une centaine d’années après la mort de l’empereur que le mausolée comprenait des palais et des tours pour des centaines d’officiels, ainsi que de nombreux trésors. Pour les protéger, des pièges auraient été installés afin de lancer des flèches sur quiconque entrerait la tombe. Parce qu’on n’est jamais trop prudent, tous les artisans ayant travaillé sur ce projet auraient été enterrés vivants dans le mausolée pour qu’ils n’en divulguent jamais les secrets. Et pour un peu plus de style, la rivière jaune et la rivière Yangtze auraient été simulées par du mercure et actionnées mécaniquement pour se déverser dans une reproduction de la « great sea ».

Des études ont révélé une contenance du sol en mercure anormalement élevée, allant dans le sens des écrits de Sima Qian (qui ne mentionne pas les soldats en terre cuite). Ce qui ajoute deux raisons de plus au gouvernement pour ne pas excaver : le mercure et les pièges possiblement toujours en état de fonctionnement. Une histoire palpitante que nous avons hâte de voir révélée au grand jour.

 

Le centre ville de Xi’An :
Pour une ville avec une histoire aussi riche (elle fut également le point de départ de la route de la soie), le centre paraît un peu décevant au premier abord. La plupart des bâtiments paraissent tout neuf, comme si la ville avait était entièrement reconstruite récemment. Les seuls restes de l’histoire de la ville sont des remparts de 12m de haut qui encerclent la ville sur une distance de 14km, les tours (« drum » et « bell » towers) ainsi que le quartier musulman.

La « bell tower » (« tour de la cloche ») et la « drum tower » (« tour des percussions ») sont des reliques de temps plus anciens.

Construites dans les années 1380, elles servaient autrefois à donner l’heure (la cloche était sonnée au lever du soleil, le tambour battu à la tombée du jour). Complètement rénovées, elles sont toujours très intéressantes à visiter, notamment pour la beauté des poutres multicolores qui s’entrecroisent tant de fois jusqu’au plafond en un très joli motif et les peintures sur soie exposées à l’intérieur.

Plusieurs fois par jour, des performances musicales sont organisées à l’étage de la « drum tower ». Ça paraît être une très bonne idée, mais l’air dépressif des musiciens, le volume sonore beaucoup trop fort et la durée du spectacle (5 minutes) nous a un peu laissés sur notre fin.

   

En sortant de la « drum tower », nous sommes allés directement au quartier musulman, réputé pour être un endroit bouillonnant et très charmant. Cet endroit de la ville a été épargné par l’urbanisation moderne, et il est très agréable de s’y balader, au milieu des nombreux stands de nourriture et de babioles en tout genre. On y trouve également la grande mosquée de Xi’An (la plus grande mosquée de Chine). En tant que non musulmans nous ne pouvons pas entrer dans le bâtiment, mais pouvons visiter les jardins extérieurs.

Lors de notre après-midi au centre ville, 3 groupes d’enfants (âgés de 8 à 12 ans) nous ont arrêtés pour nous demander si nous voulions bien parler avec eux afin qu’ils perfectionnent leur anglais. Il s’agissait d’un exercice qu’une prof d’anglais leur avait demandé de faire durant le week-end. Ils étaient un peu timides et avaient appris par cœur une liste de questions à nous poser, c’était très mignon. Quelques uns d’entre eux se débrouillaient très bien pour leur jeune âge et ils étaient parfaitement capables de soutenir une conversion basique avec nous. Les plus jeunes étaient accompagnés d’un adulte parlant anglais pour aider à traduire si nécessaire, mais ils n’intervenaient que très peu. Impressionnant !

 

Langmusi

Depuis Xi’An, nous avons décidé de rejoindre Langmusi, une petite ville à 3300m d’altitude située sur la frontière entre la province de Gansu et le Sichuan. Elle est connue pour ses deux temples Bouddhistes Tibétains, Sertri Gompa et Kirti Gompa fondés en 1748 et 1413 respectivement, et leur lutte de pouvoir sûrement à l’origine de l’établissement de la frontière en plein milieu de la ville. Même si Langmusi n’est pas située dans la région autonome du Tibet, c’est une ville peuplée en grande partie par des Tibétains Amdo.

Le trajet s’est avéré assez folklorique puisqu’il nous a fallu prendre un train de nuit jusqu’à Lanzhou pendant 8h, et qu’il n’y avait plus de places en couchette. Les guides de voyage parlent tous des « hard seats » comme étant peu confortables et à éviter pour de longs trajets : on confirme. Ce n’est pas tant le fait que le wagon soit surpeuplé (des tickets « debout » sont vendus une fois qu’il n’y a plus de places assises), ni le fait que les vendeurs ambulants ne s’arrêtent jamais (c’est toujours rigolo de se faire réveiller à minuit par un mec qui vend des rasoirs électriques qui font aussi lampe torche…), mais plutôt les sièges qui sont le problème. L’expression « hard seat » prend tout son sens puisque ce sont littéralement deux planches de bois placées en équerre avec un peu de mousse pour que ça fasse moins mal. On s’en souviendra !

C’est donc plus frais que jamais que nous arrivons à 4h30 du matin à Lanzhou, et après un petit coup de taxi jusqu’à la station de bus, nous avons attendu comme des pouilleux assis devant les grilles jusqu’à ce qu’elles ouvrent. 4H d’attente et 6H de trajet plus tard, on se fait déposer à la jonction pour Langmusi, où nous sommes pris en stop par un local bienveillant qui nous amène jusqu’au centre ville.

La principale raison de notre venue dans cette ville était de faire du cheval dans les steppes environnantes. Nous avons réservé notre trek par la compagnie « Langmusi Tibetan Horse Trekking » car elle semble faire du tourisme éco-responsable, emploie des guides locaux et a de très bon retours. Le soir de notre arrivée, nous rencontrons Liyi (l’organisatrice du trek) et Nora (une américaine en voyage qui participe au trek avec nous) pour un débriefing sur les choses à faire et à ne pas faire avec la famille nomade tibétaine avec qui nous allons rester les 3 prochains jours. Le lendemain matin, après une petite leçon sur comment contrôler son cheval, nous partons avec Nora et notre guide Zhaixi. Dès les premiers kilomètres, nous nous rendons compte que ce sont plutôt les chevaux qui nous contrôlent, ils semblent connaître le trajet parfaitement et n’ont pas l’intention de nous laisser décider de quoi que ce soit 🙂

Le cheval de Clément préfère brouter plutôt que de marcher. Toujours quelques centaines de mètres à la traîne, il compense en coupant les chemins. Bref, une vraie feignasse. Le cheval de Tracy tient à son indépendance. Il préfère choisir son chemin plutôt que de suivre les autres. Jamais satisfait de la nourriture à sa disposition, il est dans une quête perpétuelle de l’herbe parfaite. Le cheval de Nora semble quant à lui avoir un petit complexe de supériorité. Il faut qu’il soit devant. A tout prix. Parfois le choix est difficile : « Je mange ou je vais devant ? ». La morale, c’est que malgré leurs personnalités bien distinctes, ils ne pensaient qu’à manger 🙂

Sur ce trek, les chevaux sont ménagés : le trot et le galop son interdits, les affaires personnelles sont réduites au strict minimum (10L/personne), poids maximum des participants à 75kg (vous pouvez vous inscrire si vous faites jusqu’à 85kg mais il faudra payer pour 2 chevaux afin d’alterner).

Nous faisons 2h de cheval le premier jour jusqu’aux tentes des nomades. Arrivés juste à temps pour s’abriter de la pluie, nous déjeunons dans la tente tissée en poil de Yak où nous passerons les deux prochaines nuits. Comme par magie, la pluie s’arrête lorsque nous finissons notre repas, et nous partons en randonnée dans les steppes, laissant les chevaux brouter à leur guise.

Nous marchons au milieu des Yaks et des marmottes (qui au passage sont énormes!), émerveillés à chaque pas de la nature qui nous entoure.

Au fur et à mesure de la discussion, nous en apprenons plus sur Nora, avec qui nous nous entendons très bien, et découvrons qu’elle a passé 2 ans à enseigner l’Anglais en Chine, et qu’elle parle plutôt bien le Mandarin.

Sur le chemin du retour, notre guide nous fait participer au rassemblement des Yaks vers le campement. Chaque jour, un des nomades se charge de ramener les 500 Yaks dispersés dans les montagnes, afin de les attacher pour la nuit. C’est un travail colossal, et nous observons avec admiration l’efficacité de notre hôte qui est en charge ce soir là. Un instant nous la voyons en haut d’une montagne avec son lance pierres pour motiver les Yaks à l’écouter, deux minutes plus tard elle est sur une autre montagne, sur le dos d’un cheval sans selle, à lancer des cris pour diriger ses bêtes dans la bonne direction. Nous « aidons » comme nous le pouvons (il semblerait que notre incapacité à siffler et nos cris ridicules n’aient pas beaucoup d’effet…).

Une fois tout le monde revenu au campement, chaque famille vient récupérer ses Yaks (entre 100 et 150). Les bébés Yaks sont attachés en face de leur mère, pour qu’ils ne tètent pas pendant la nuit et que les nomades puissent ainsi récupérer le lait du matin. Pendant que nos hôtes Soga et Danba attachent les yaks, nous préparons le dîner au poêle sous la supervision de Zhaixi. Nora endosse le rôle d’interprète, ce qui facilite grandement la communication et rend notre séjour beaucoup plus enrichissant. Merci Nora !

Nous mangeons tous ensemble avant de se coucher dans des lits préparés par Soga, sous des tonnes de couvertures et la tête collée au poêle. Soga est une femme vraiment extraordinaire, qui ne s’arrête jamais et endosse tous les rôles possibles et imaginables.

Le lendemain, on observe Soga traire les Yaks. Ceux-ci sont plus difficiles à traire que les vaches, et Soga doit d’abord laisser le petit téter sa mère quelques minutes afin de faire venir le lait et rendre la traite possible à la main. Une fois la traite terminée, elle fait chauffer le lait puis le sépare dans l’écremeuse : la crème sera transformée en beurre, le lait en yaourt.

    

Quelques minutes plus tard, nous la voyons avec un gros panier sur le dos et une fourche à la main, ramassant les bouses de Yak qu’elle étalera puis fera sécher au soleil avant de les utiliser comme carburant pour le poêle (il n’y a pas d’arbres dans les steppes).

Nous partons ensuite à cheval, jusqu’au pied de la montagne Huagai où notre guide nous laisse randonner pour les deux prochaines heures. Pour la première fois de notre vie, nous montons à 4200m d’altitude ! Et pour être honnête, on l’a senti 🙂 Nous arrivons en haut le souffle court et heureux.

L’après midi, nous faisons de nouveau du cheval dans des paysages à couper le souffle. On se croirait dans un film !

En arrivant dans la tente, Zhaixi nous prépare une collation fameuse dans la région. Il fait ramollir du beurre de Yak avec de l’eau chaude, auquel il ajoute du sucre, de la farine d’orge torréfiée (tsampa en tibétain) et du fromage de Yak séché. Il malaxe le tout et nous en donne des bouts. Voilà de la pâte à cookies crue version Tibet 🙂 Super bon !

Le soir nous cuisinons tous ensemble. Soga et Zhaixi nous montrent comment faire des nouilles à partir d’un boudin de pâte crue. On les imite comme on peut et mettons tout dans la grosse marmite. A la fin du repas, Soga nous sert du yaourt au lait de Yak fait maison : un vrai délice !

Le dernier jour, nous partons tôt car Nora doit prendre son bus. Nous prenons un chemin différent de l’aller, bien plus long et aux paysages plus intéressants.

Sur la route, des chiens de garde se montrent agressifs mais Zhaixi les tient à distance en faisant tourner une lourde pièce métallique au bout d’une corde, tel un cow-boy. La grande classe (pour Zhaixi ! Nous, nous ne faisions pas les malins).

Nous rentrons à Langmusi dans le milieu d’après-midi, bien fatigués après ces 3 jours intenses. Ce trek, simple et authentique, est une des meilleures expériences de notre voyage. Le confort est ce qu’il est, les familles ne vous attendent pas avec des couronnes de fleurs mais tout est sincère et au plus proche de la vie des nomades. Nous ne saurions que le recommander à de futurs voyageurs.

 

2 reflexions sur “Chine (4) : De l’histoire et du lait de Yak

  1. Mano et jacques

    Superbe !!! Vous nous faites rêver , que de belles rencontres et de magnifiques paysages , profitez au maximum de cette merveilleuse aventure !!!

  2. Monique et Jean Cilleros - Hyères

    Encore une étape magnifique dans votre périple. Nous sommes allés en Chine il y a quelques années et avions admiré l’armée de terre. Moi j’ai trouvé que c’était une chose incroyable et j’étais admirative devant cette armée de soldats aux visages tout à fait différents les uns des autres. On avait eu la chance de visiter tranquillement alors qu’il y avait très peu de touristes. La muraille de Chine est un ouvrage grandiose.
    On ne se lasse pas de lire votre blog toujours aussi intéressant et enrichissant sur le mode de vie des habitants des pays que vous traversez. Bonne continuation et à bientôt de vous lire.

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